La centrifugeuse

18 rencontre

Il était là-bas, en arrière-plan.
Des couleurs chaudes et ensoleillées se mélangeaient entre elles, mais sous l’influence d’un remaniement constant, elles prirent finalement des nuances vert-bleuâtre.
Des tourbillons de couleurs, rapides et inattendus, nous entraînaient de plus en plus dans la profondeur d’un espace lointain en retrait.
Nous essayâmes de nous accrocher à quelque chose de stable, mais à part nous, le paysage de la prairie d’été et la dernière porte, laissés derrière nous, il n’y avait absolument rien à utiliser pour ancrage.
Aucun tremplin en vue non plus !
– Je ne tiens plus mon équilibre ! se plaignit Tulipinette.
– Cette poussée va casser mes ailes ! nous alerta l’Oiseau Bleue.
Les tourbillons nous entraînaient et nous risquions d’être dispersés partout, quelque part au loin, à une distance inconnue et infinie.
Parfois, les couleurs en rotation devenaient luisantes ou brumeuses, puis elles s’assombrissaient à nouveau et devenaient bleu marine en contrastant avec l’entourage. Comme l’eau dans la mer, bien dense et profonde !
– Il va y avoir une confrontation, avertis-je tout le monde.
Comme des légers ballons, nous planions au milieu des cercles, des tourbillons et des chutes de souvenirs d’autres formes. Ainsi, nous approchions sans relâche d’une catastrophe.
Puis le moment venu, tout s‘arrêta.
Une perspective étrange et inconnue nous offrait la vision opposée de notre aventure, où le Corbeau était déjà derrière nous.
– Nous nous sommes fait emporter et désormais nous sommes hors de sa portée. Ainsi, nous sommes passés de l’autre côté, au-delà des Trois Plans et des Portes de la Composition Picturale. La dernière porte s’est ouverte sur le chemin vers la fin de celle-ci, expliquai-je.
– J’ai ramassé une autre graine, me chuchota à l’oreille Tulipinette.
– Bravo ! Tu es incroyablement habile ! la félicitai-je.
Impuissants, nous nous tenions tous sur le seuil d’un grand défi. Par contre le paysage de notre passage tourbillonnait toujours, loin derrière nous.
– Cette prairie d’été était vraiment magnifique, déclara le Lièvre avec une pointe de la mélancolie dans sa voix.
Il aimerait sans doute y revenir pour y sautiller insouciant au soleil.
L’immense arbre aux branches bien étendues, nous encourageait par sa bienveillance à entreprendre une revisite à cet endroit idyllique.
Sans la présence du Corbeau, nous y serions probablement retournés.
Cependant, ce point noir ailé ne nous annonçait pas du tout de paix. Lui fuir était devenu notre principale motivation pour continuer la mission ! Libérer Oriplume !
Le Corbeau nous regardait hardi et semblait évaluer nos capacités dans le cas d’une confrontation.
– Il nous charme de son regard ! prit peur l’Oiseau Bleue.
– Oui ! Tournez rapidement la tête ou couvrez vos yeux immédiatement ! ordonnai-je, anticipant les conséquences possibles de cette attaque.
Après tout, c’est justement de cette façon qu’il avait enchanté Oriplume et d’autres de ses naïves victimes.
Le Renard tournait en rond et s’agitait, car le seuil sous ses pattes le gênait trop.
Derrière le seuil brillait un fond légèrement blanc et grisâtre aux épines apparentes.
– Blottis-toi dans la fourrure du lapin et lui dans la tienne ! Ensemble, il vous sera plus facile de vous protéger, conseillai-je mes amis animaux.
Insécurisés, complètement sans défense et totalement à découverts, nous attendîmes avec suspense le prochain mouvement du Corbeau.
Il ne fallait pas l’attendre longtemps !
Dès qu’il comprît notre stratégie, il nous attaqua immédiatement, avec toute la force de ses énormes ailes noires.
– N’ouvrez plus vos yeux et ne bougez point ! réprimandai-je les autres.
Ne voyant rien, nichés les uns près des autres et tendus comme des cordes, nous étions concentrés sur l’attente de nouvelles approches du Corbeau.
Et ce moment de vérité était arrivé !

 

Pour mieux connaitre Tulipinette et la personne qui la dessine et en parle dans le texte, sélectionne ce billet TULIPINETTE.

Lis l’histoire !

19 L’abime blanc

L'abime blanc 19 rencontreUne grande ombre noire surgit sur nous avec tout son élan. Comme un nuage noir et menaçant, ses ailes déployées au-dessus de nous, nous poussèrent dans l'abîme blanc, étendu à nos pieds. - Je tombe! cria Tulipinette terrifiée. - Restez...

17 La troisieme porte

La troisieme porte 17 rencontre- Tulipinette, dépêche-toi, vous aussi ! pressai-je mes compagnons. En les tirant derrière-moi, je me dirigeai vers le Renard, figé sur place. - Nous sommes arrivés à la Porte d’Harmonie et nous devons à tout prix garder nos silhouettes...

16 La deuxième porte

La deuxième porte 16 rencontre- Eve, je n’en peux plus ! Je vais lâcher ! Tulipinette haletait et soufflait accroupie sous le portail noir et blanc. Je m’étais assise en tailleur sur ce sol collant pour dessiner la situation actuelle. Pendant ce temps, elle tenait...

15 La premiere porte

La premiere porte 15 rencontreJe sortis Murex de mon sac à dos, ainsi que mon matériel de dessin : un petit bloc pour des croquis, quelques crayons, un taille-crayon et une gomme. - Je vais dessiner ce paysage, au cas où nous devrions revenir après avoir passé l'une...

14 Trois portes

Trois portes 14 rencontre- Eve, tu sais que je ne suis pas une rapporteuse, non? C'est ce que me demanda Tulipinette quand nous nous accroupîmes tous derrière des touffes et des nuages colorés. -Oui je le sais. Cependant, ce n'est pas le bon moment pour de telles...

13 Le brouillard de couleurs

Le brouillard de couleurs 13 rencontre- Alors quoi ? On court pour rejoindre le groupe ? demanda Tulipinette quand finalement je me matérialisai à côté d’elle sur la surface picturale. - Je ne pense pas que nous ayons le choix, répondis-je sans tourner autour du pot....

12 Le passage

Le passage 12 rencontre- Eva! Eva! Il me manque encore le ruban de mes pointes ! Je ne peux absolument pas passer ma deuxième jambe de ce côté-là ! jeta les hauts cris Tulipinette toute emmêlée. - Oh, pardon ! Excuse-moi ! Je corrige immédiatement cette erreur ! Le...

11 Le depart

Le depart 11 rencontre- Eva! Lève-toi ! Lève-toi ! C'est déjà le matin ! Quelqu'un me tirait par la manche de ma chemise de nuit et criait d'une voix stridente à mes oreilles endormies. J’ouvris un œil, le droit en premier. Le second ne répondit pas à ma commande, car...

10 La grande reunion

La grande reunion 10 rencontreJe plaçai une boîte avec "Le Coquillage de Présage" au milieu de la table de la cuisine et je regardai le cercle des invités assis tout autour. Ils étaient arrivés sans retard, à l'heure convenue, et chacun avait son bagage de voyage avec...